jeudi 18 mai 2017

La Médaille de Gembloux



La Médaille de Gembloux

Avant-propos
Un article paru dans le bulletin communal en avril 2017 relatait l’attribution, en décembre 2016, de la Médaille de Gembloux à un vétéran Français toujours alerte en dépit de ses 102 ans.
Nous nous sommes interrogé  à propos de cette distinction honorifique. Monsieur Raoul François, col (hr) et président du Comité Franco-Belge, a accepté bien volontiers de nous fournir toutes les informations souhaitées. Le texte qui suit s’appuie essentiellement sur sa précieuse documentation. Nous le remercions chaleureusement pour sa disponibilité et sa courtoisie.




Genèse
C’est le 7 avril 1956, dans les salons de l’Hôtel de Ville de Bordeaux que fut signé le Protocole Franco-Belge d’institution et d’attribution de cette médaille. On sait la Ville de Bordeaux emblématique pour les relations entre la France et la Belgique: résidence provisoire du gouvernement Belge en exil en 1940; siège aussi de l’Amicale des vétérans de la 1DM.
Monsieur Neumeyer, président de l’Association des combattants belges de Bordeaux, connaissant les évènements de mai 1940 au cours de la Manœuvre « Dyle » et l’intensité de ceux-ci autour de Gembloux, avait demandé en 1955 à l’Administration communale le création d’une Médaille pour le souvenir et la commémoration de la bataille de Gembloux en honorant les hommes qui y avaient pris part. Le Sénateur –Bourgmestre de Gembloux, Monsieur Arthur Lacroix, et le président du Comité Franco-Belge sollicitèrent l’avis de l’Association française « Flandres-Dunkerque 40 ». Le Comité-directeur de celle-ci appuyant la démarche, émit elle-même le souhait d’instituer la Médaille de Gembloux.
Dans l’esprit de ses créateurs cette médaille devait être attribuée aux seuls hommes qui avaient pris effectivement part aux combats autour du centre de défense de Gembloux au cours de la Manœuvre « Dyle ».

Conditions et bases du Protocole
Il fut donc décidé que :
-          La Médaille serait décernée aux combattants français ayant participé au sein de leur Unité aux combats en Belgique entre le 10 et le 16 mai 1940 pour la défense de la ligne KW ou à l’est de ce front, à ceux qui se seraient trouvés en soutien de ces Unités, ainsi qu’à des combattants belges ayant éventuellement pris part à ces combats…
-          Que l’Administration communale de Gembloux déléguerait ses pouvoirs au Comité Franco-Belge dans les décisions d’octroi de la Médaille.
-          Que l’association « Flandres-Dunkerque 40 »serait chargée de l’étude des dossiers de demande , de remettre avis quant aux droits des demandeurs et de notifier au Comité Franco-Belge de Gembloux ses décisions concernant les combattants français.
-          Qu’afin de rendre hommage à la 1DM, le président de l’amicale de cette grande Unité serait signataire du protocole de création, et signerait conjointement par la suite les diplômes, aux côtés du Bourgmestre de Gembloux, du président national de Flandres-Dunkerque  40 et du président du Comité Franco-Belge de Gembloux.
Sur ces bases le Protocole de la Médaille de Gembloux fut signé à Bordeaux le 7 avril 1956, sous le Patronage du Ministère français de la Défense.

Réalisation de la Médaille et de son ruban
Le Vice-président  honoraire des anciens de la 1DM et de Flandres-Dunkerque 40, Maurice Avril, graveur d’art, ayant étudié et présenté plusieurs projets de réalisation de la Médaille et de son ruban, le choix se porta sur l’un d’entre eux, et la Maison Arthus-Bertrand de Paris fut chargée de la réalisation. Il fut décidé en outre qu’après production, les plombs et moules de la Médaille seraient détruits afin d’interdire des contrefaçons ou d’éviter des attributions non agréées. La revente de la Médaille étant déclarée illicite et pénalement punissable en France et en Belgique.

Procédure d’attribution
Pour établir ses droits tout demandeur devait justifier l’Unité avec laquelle il avait participé aux combats et prouver qu’il remplissait les conditions requises.
Il fallait soit :
-  Faire viser la demande par une Amicale régimentaire ou de vétérans, celle-ci se portant garante de la validité des droits invoqués ;
- Ou bien, remettre une copie certifiée conforme du texte d’une citation personnelle prouvant la présence dans la zone spécifiée dans le Protocole ;
- Remettre une attestation d’un Officier de l’Unité au sein de laquelle le demandeur avait combattu (ou de l’Unité qui en avait repris les traditions) prouvant que les conditions requises étaient remplies ;
- Remettre une copie certifiée conforme de la page 7 du Livret militaire ou de l’Etat Signalétique et des Services, si ces documents pouvaient justifier la présence du demandeur sur les lieux spécifiés ;
- Indiquer le numéro de son diplôme d’attribution de la Médaille de Dunkerque, puisque pour obtenir celle-ci il devait remettre un document prouvant les lieux où il se trouvait aux dates spécifiées ;
ET
Avoir appartenu à une des Unités suivantes :
1ère armée Française :IIIe, IVe, Ve Corps d’armée
Corps de Cavalerie : 2e et 3e DLM
32e D.I.
Unités et Services de soutien.

La Médaille de Gembloux a été accordée, à leur demande, à plus de 3.500 vétérans.
Les premières attributions eurent lieu en 1956. La plus récente en décembre 2016.
Actuellement, la lettre d’attribution est signée par M. le Bourgmestre de Gembloux , et par le Président du Comité Franco-Belge ; et ce depuis la dissolution des autres amicales et associations françaises des vétérans.



Description de la symbolique de la Médaille de Gembloux




dimanche 18 septembre 2016

Souvenirs d'enfance, route de Mazy

Un ami, gembloutois de souche, qui a choisi de garder l'anonymat, m'autorise à publier un petit texte qu'il signe "Adhémar".
Il évoque avec tendresse et nostalgie ses vacances Route de Mazy à Gembloux.
Son récit se situe au début des années '50


dimanche 21 août 2016

Sigebert de Gembloux






SIGEBERT de Gembloux

Né en pays roman vers 1030, Sigebert fut présenté très jeune par ses parents comme oblat à l’abbaye bénédictine de Gembloux où il reçu une excellente formation intellectuelle.
Envoyé à l’abbaye saint Vincent de Metz il en devient l’écolâtre (directeur de l’école monastique). Il s’intéresse aux lettres sacrées et profanes et y demeure une trentaine d’années avant de regagner Gembloux.
Son œuvre, écrite en latin et en flamand, est importante. Elle compte des ouvrages hagiographiques qui répondent à la demande spirituelle de l’époque. Il écrit aussi des ouvrages de polémique concernant le conflit qui oppose la papauté et le clergé de Liège en prenant position contre le pouvoir pontifical.
C’est surtout comme chroniqueur que Sigebert est resté dans l’histoire. Il composa des Gesta abbatum Gemblacensium (1071) qui rapportent ce qu’il connaît de la gestion de l’abbaye par ses premiers abbés.
Son ouvrage le plus célèbre, et historiquement très précieux, reste sa Chonographia , une chronique universelle des événements les plus importants entre 380 à 1111, qui continue en fait celle de saint Jérôme. Commencée après 1083, il la publia en 1105, et la continua ensuite jusqu’en 1111. Cette chronique fut très populaire pendant la fin du Moyen-Age. Elle fut souvent recopiée et finalement imprimée lorsque la nouvelle technologie de Gutenberg fut disponible (1513).
Le moine Sigebert s’est éteint à Gembloux le 5 octobre 1112
Sigebert de Gembloux
Sources :
Denis COUTAGNE, « SIGEBERT DE GEMBLOUX (1030 env.-1112)  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 avril 2015. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/sigebert-de-gembloux/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Sigebert_de_Gembloux

Sigebert de Gembloux remettant un manuscrit à l'empereur d'Allemagne. Source Bibliothèque Nationale de France - Cabinet des estampes.



Place Saint-Guibert   (C) André Mohimont in Gembloux magazine n° 4  - août 1985

samedi 11 juin 2016

Adrien Destrebecq, le père le "L'Adrienne".



Adrien Destrebecq (1880 – 1939), inventeur gembloutois



Nos mamans et grands-mamans - et pas qu’elles – ont utilisé cet ustensile de nettoyage que l’on appelait dans nos contrées « l’adrienne », à savoir la raclette.

 


Je gage que beaucoup ignorent que cet outil tout simple, fut inventé par un gembloutois qui, d’ailleurs, en imagina d’autres, comme le pedo-cycle. Mais cela est une autre histoire.

Comme souvent, il suffisait d’y penser ! Une planche en bois d’une trentaine de centimètres de large, arrondie à ses extrémités et une lame de caoutchouc souple insérée dans une mince rainure. Avec un manche en bois. Il aurait dit-on imaginé cet outil par amour pour sa femme et afin de soulager toutes les ménagères.

 Il dépose le brevet de son invention le 18 mars 1922 sous le n° 241590 et la nomme « Adrienne », du nom de sa fille…qui deviendra Madame Victor De Becker, l’épouse du directeur de l’Académie de musique.


Cet objet pratique et bon marché se répandit rapidement dans nos régions et bien au-delà. Une aubaine, non seulement pour son inventeur mais aussi pour la scierie mécanique Nestor Gérard de Lobbes chargée de le fabriquer en grande série. Une figure locale un peu oubliée.

lundi 30 mai 2016

Le Vieux Bon Dieu de Gembloux



Le Vieux Bon Dieu de Gembloux

Dans le transept de droite de l’église Saint-Guibert, dans la chapelle du Saint Sauveur, se dresse une statue du Sauveur flagellé et couronné d’épines, un manteau rouge sur les épaules, debout, dans l’attitude classique de l’ « Ecce Homo ». Cette statue date du XVIIe siècle mais la dévotion du Vieux Bon Dieu est bien antérieure. Il y avait une plus ancienne statue (XVe s.), nettement plus petite, dans l’attitude du Bon Dieu de Pitié, assis sur une base de colonne, dépouillé de ses vêtements, attendant le crucifiement. Peut-être était-ce celle qui se trouvait dans la niche du grand escalier menant à l’église.

Les origines de la dévotion
C’est à cette statue du XVIIe s.,que l’on vénère encore dans l’église décanale, qu’est attribué le prodige du 8 mars 1653 qui fut à l’origine du succès de cette dévotion. Ce jour là, l’abbé Martin Draeck voulut faire déplacer la statue pour la mettre mieux à l’honneur à un meilleur endroit.

Voici le récit rapporté par l’Abrégé des Merveilles arrivées à Gembloux, 2e édition (1661), préfacé par l’abbé  Martin Draek : « Comme elle fut dressée sur l’autel où on avoit destiné de l’attacher, une quantité de sang commença à en sortir et découler, de quoi surprinz et grandement effrayé se jetèrent tous à genoux, et paraprès le prélat qui en est  témoin oculaire, aussy bien que son professeur et ses trois religieux dit que l’on debvoit remporter l’image au lieu d’où on l’avait prins adjoutant que peut-être Dieu ne vouloit pas qu’elle fut déplacée… ».

 La nouvelle se répandit rapidement, amenant de nombreux curieux et pèlerins. Des guérissons extraordinaires se produisirent autour de la statue. Ces guérissons, dûment contrôlées par des médecins de Louvain, furent déclarées miraculeuses par l’évêque de Namur. Dès lors, la dévotion au Vieux Bon Dieu de Gembloux pris un essor considérable.
Le 6 août 1678 la ville fut complètement dévastée par un terrible incendie. Pas une maison ne resta indemne ; l’église paroissiale, l’église abbatiale, tout le monastère avec sa magnifique bibliothèque  furent anéantis. On ne sauva du désastre que la chapelle, la statue du Sauveur flagellé et une partie des précieux manuscrits.

Le rayonnement géographique
Aux chapelles qui existaient déjà (Thoricourt, Aische-en-Refail,…) vinrent s’ajouter d’autres lieux où le culte se répandit : Beauvechain, Braine-l’Alleud, Ecaussines-Lalaing, Ellezelles, Elouges, Enghien, Gand, Jandrenouille, Leuze, Nil-Saint-Vincent, Ohain, Soignies et jusque dans le nord de la France, Lille et Hasnon où le dernier miracle attribué au Vieux Bon Dieu date de 1957.

Une aubaine pour la ville et l’abbaye
Au milieu des calamités qui assaillent Gembloux à cette époque, cette dévotion nouvelle relève le courage des foules avides de mystérieux, et font de ce lieu durement éprouvé par les guerres un centre de pèlerinage célèbre non seulement en Belgique mais encore en France et en Allemagne, et amène à Gembloux des foules considérables. Au dire d’un contemporain, les prodiges qui se produisaient devant la statue du Sauveur flagellé faisaient du bruit dans toute l’Europe.
La ville et le monastère profitent largement de l’afflux des pèlerins. Grâce aux dons des fidèles, l’abbé M. Draeck put rétablir les finances obérées de l’abbaye.

Les expressions populaires liées à cette dévotion
Dans un recueil de proverbes français du XIXe s., le dictionnaire de Quitard, on retrouve certaines expressions populaires relatives à ce sujet. Pour parler d’une personne mal accoutrée, on disait : « Elle ressemble au Bon Dieu de Gibelou». De quelqu’un qui regardait d’une façon ahurie, on le comparait au Bon Dieu de Giblot. D’une femme habillée avec mauvais goût, on disait en Picardie : «  Elle est comme Notre-Dame ed’ Giblou ». Pour comprendre cette expression il faut savoir que les pauvres gens avaient l’habitude de couvrir la statue de vieux haillons. Ils se reconnaissaient eux-mêmes dans cet accoutrement. Le christ s’étant identifié à eux dans leur misère, ils espéraient pouvoir s’identifier à Lui dans sa gloire.

Aujourd’hui, cette dévotion populaire est bien oubliée; la confiance des gens s’étant déplacée vers le psychiatre, le pharmacien, les assurances sociales…C’est ce qu’observait malicieusement  André Henin qui fut Doyen à Gembloux de 1972 à 1991.




Source :
Feuillet explicatif disponible dans l’église décanale. Texte de A. Henin – édit. Responsable Jean-Louis Cartiaux.



                                        Photo: Jean-Marie Pierret

                                         Photo: Jean-Marie Pierret


Sources:

La ville et le comté de Gembloux- Léon Namêche . Ed. J.Duculot  1964

dimanche 1 mai 2016

Imprimerie et édition Jules Duculot



Imprimerie et édition Jules Duculot  


Vers le milieu du siècle dernier - il y a environ soixante ans d’ici – le vocable « Gembloux » évoquait fièrement, en Belgique, mais aussi bien au-delà de ses frontières, des noms prestigieux tels que : charrues Mélotte, Institut agronomique, Manufacture, coutellerie et … imprimerie Duculot.

Jules Duculot est né à Aisemont le 5 mai 1895. Maître-imprimeur, il s’était lancé dans l’édition dès 1913.

A partir de 1919 il s’installe à Gembloux pour se rapprocher des Facultés agronomiques qui lui assurent du travail par la publication de thèses et autres monographies scientifiques spécialisées.
L’éditeur reste imprimeur car les deux métiers sont complémentaires. Mais jusque là aucun ouvrage ne s’impose véritablement comme succès de librairie.

C’est en 1936 que les choses prennent un tournant décisif quand Duculot propose à Maurice Grevisse ( 1895-1980 ) , le grand grammairien que l’on sait, de publier ses ouvrages que d’autres avaient refusés jusqu’alors ; notamment  «le Bon Usage » qui fera leur fortune dans l’après guerre. Duculot éditera et imprimera également des ouvrages pour la jeunesse, des manuels scolaires, de la littérature régionale, des publications historiques, etc…

En 1950, la société familiale devient société anonyme. Elle sera désormais divisée en trois parties : l’édition, l’imprimerie et l’administration. Les éditions Duculot avaient une succursale à Paris et étaient alors connues dans le monde entier. Dans les années soixante Duculot crée une collection Grevisse axée sur les spécificités de la langue française.

A Gembloux, l’imprimerie se situait rue Pierquin jusqu’en 1970. Ce bâtiment fut ensuite occupé par l’enseigne Aldi et à présent Blokker. On se souviendra aussi que la famille exploitait une papeterie chic dans la rue Léopold, là où se trouvait, dans les années 1980, la superette  "Au Poids d'Or".
En 1970, donc, l’imprimerie quitte le centre-ville pour le parc industriel de Sauvenière. En 1985, les éditions Duculot publient plus d’un titre par jour. Mais bientôt, depuis le siège de Louvain-la-Neuve, l’entreprise peine à faire face à la concurrence. En 1993, en proie à des difficultés financières, Duculot revend à De Boeck et Casterman son catalogue riche de plus de 500 titres.

Jules Duculot s’est éteint le 11 septembre 1981 à Fosses-la-Ville.



Sources : La Wallonie, le Pays et les hommes – institut Jules Destrée – Paul Delforge

                Le Soir, 22 juin 1993






Le magasin, situé rue Léopold (1959).



                  Photos aimablement fournies par Jean-Marc GILLES